Une nouvelle page pour Tombeau Croft

Ces mots auraient pu être couchés sur le site par trois fois dans le passé si mes amis Anthony (Tomb Raider Univers), Aurélie (Croft Collection & Lara’s Look Alike) et Quentin (feu Tomb Raider Addict & Pilleurs de Tombes) ne m’avaient pas tour à tour convaincu de continuer à entretenir la flamme d’une passion déjà vaincue à l’époque. Tombeau Croft était à l’origine le projet d’un jeune garçon d’à peine 11 ans qui épris d’admiration pour un site alors connu sous le nom de Dreams Croft, maintenu par Steven (lui aussi mon ami), avait décidé de créer tant bien que mal sa propre plateforme d’expression. De projets avortés et infructueux comme les forums Lara In The World naîtra l’idée d’un site plus abouti, se focalisant principalement sur l’actualité. De fautes de syntaxe en fautes de grammaire, de fautes de français en fautes de codage, Tombeau Croft grandit peu à peu, et moi avec. La passion pour Tomb Raider et Lara Croft qui me motiva à entreprendre une odyssée dans la communauté Tomb Raider, s’était malheureusement amenuisée en même temps.

Dès lors sous respiration artificielle, le site fût visité par un vent de fraicheur inespéré avec l’arrivée d’Hedi dans l’équipe en 2016. Hedi s’illustra en qualité de rédacteur, puis évolua rapidement pour devenir co-webmaster au mois d’Avril 2018, sa personne et sa passion devinrent les nouveaux engrenages qui permirent à la machine qu’était devenu Tombeau Croft d’avancer. Subsistait cependant le problème de ma place dans ce mécanisme nouvellement huilé et dévoué à la tâche de raconter et promouvoir une franchise à laquelle je ne m’identifiais plus, ou du moins de façon plus timide depuis 2011.

En effet, si la question de mon rôle dans Tombeau Croft était encore ouverte, la question relative aux éléments déclencheurs de mon désintérêt grandissant pour la licence, elle, ne se posait pas. Tomb Raider était devenu peu à peu un produit qui devait cocher toutes les cases d’un cahier de charges visant à élargir et rajeunir son public, perdant, je le pense, une partie de son identité et de sa saveur en même temps. Loin de moi l’idée de contester les ambitions commerciales de quelque bien culturel que ce soit. Comprenez cependant que je regrette que l’intention artistique d’un projet, son identité, soit sans cesse de nos jours réinventée, remise au goût du jour, rebootée pour satisfaire des ambitions, bien souvent, financières. Il demeure que Tomb Raider, Rise of the Tomb Raider et Shadow of the Tomb Raider sont de très bons jeux pour qui sait les apprécier, ils n’ont, passé la période de l’attente et de l’excitation à l’approche des annonces, de même que celle de la découverte du jeu, pas fait naître en moi l’enthousiasme nécessaire à l’écriture de papiers à leur sujet.

Si la franchise avait évolué, la société elle aussi s’était métamorphosée depuis la naissance de Tombeau Croft. De nouveaux modes de communication, d’information : les “réseaux sociaux”, étaient nés entre temps mutant de façon paradigmatique la communauté et le lien qu’entretient un webmaster avec ses lecteurs, de même que le rapport de l’auteur à son contenu. Avec l’avènement de Twitter, Facebook et consort, une véritable course à l’information était née, tuant à petit feu, à leur tour selon moi, l’identité des sites qui parlaient d’une franchise qui avait perdu son identité. Car en publiant vite, on publiait souvent la même chose, partout, en masse : la même sauce préformatée et fournie par des organes de communication qui ne font que leur travail (je plaide coupable). L’effet pervers des réseaux sociaux ne se mesurait pas seulement à cela, puisque le lectorat des sites de fan avait été largement absorbé par Facebook et Twitter, à tel point qu’il devint inconcevable de ne pas partager son contenu sur ces plateformes pour continuer d’exister. Je me sentis piégé. En tant que fondateur de Tombeau Croft, je définis au fur et à mesure la ligne de rédaction du site de façon claire : Tombeau Croft devait se concentrer sur la création d’articles portant un regard critique sur l’actualité et la franchise.

A l’échelle d’un petit fansite, concilier cet idéal et la réalité des moyens à ma disposition pour partager mon contenu au public était impossible bien souvent (on pouvait cela dit toujours payer pour qu’un article de fond soit relayé par Facebook ou Twitter). Dans le même temps, l’espace d’expression et de réflexion qu’offraient les forums avaient été supplantés par les espaces des commentaires sous des posts facebook qu’il fallait garder court pour s’assurer qu’ils soient lus et diffusés par les algorithmes des plateformes sociales. L’instantanéité qui en résultait n’eut pour effet, dans mon expérience, que de favoriser les tensions et conflits entre fans, parfois même, entre webmasters. L’ajout des différents types de réaction propulsa la chose à un stade supérieur puisque chaque opinion pût à ce stade être résumée à une émotion simple, qui encore une fois raccourcissait le processus d’expression d’un avis. Phénomène qui, personnellement, me démotiva profondément. L’échange avec mes lecteurs, qui n’avaient fait que s’adapter à de nouveaux modes d’expression, se fît de plus en plus rare.

Mon malaise était donc double, la franchise ne m’enthousiasmait que peu, écrire et partager était devenu compliqué : j’étais las. Cela fît naître en moins un questionnement tout autre : qu’avais-je à apporter à la communauté dix ans plus tard ? La réponse à cette sorte de quête introspective reste ouverte à l’heure où j’écris ces lignes. Je réalisai cependant, en travaillant à la mise en place d’une nouvelle charte graphique pour mon ami Quentin et son site Pilleurs de Tombes, que créer des contenus originaux, tantôt visuel, tantôt littéraires m’apportai la satisfaction que raconter l’actualité de la franchise me procurait avant. Peut-être est-ce sous cette forme que je reprendrai mon activité sur Tombeau Croft dans l’avenir. L’heure reste cela dit, à une période de ma vie marquée par des changements, au retrait. Un retrait qui me permettra, je l’espère, de mieux revenir.

Je vais donc pour l’instant prendre congé de Tombeau Croft pour me concentrer sur d’autres projets pendant quelques temps. Je continuerai toujours d’officier en coulisses en tant que designer/programmeur/relecteur (et je reste le chef (rires)), mais Hedi, co-webmaster du site, deviendra la nouvelle tête “publique” du site le temps que je trouve les réponses que je cherche. Je tiens à le remercier pour la confiance qu’il me témoigne, et d’avoir compris qu’il me fallait un peu de temps pour prendre du recul. Une campagne de recrutement a d’ailleurs été impulsée hier de son initiative pour renforcer les effectifs en mon absence.

Une chose était sûre, Tombeau Croft et sa communauté, la communauté de webmasters m’ont beaucoup donné. Ainsi, qu’ils se regroupent sous la bannière du capitaine ou d’un pays, qu’ils soient compagnie ou génération online, pilleurs ou visiteurs de tombeaux, qu’ils évoluent dans les univers de la collection ou des look alikes, je remercie les fans et leurs éclaireurs, qui sont aussi les miens, d’avoir suivi mon travail ces dix dernières années et puis vous assurer que la Raider family fera toujours partie de moi.

A bientôt (je l’espère),

Maxime